Les violences interpersonnelles dans les lieux de privation de liberté 16 -247-18937-3.indd 16 circonstances déclenchantes d'incidents sont, par exemple, le refus opposé à une demande, le rappel de la limite ou une restriction imposée. L'existence de règles floues ou non expliquées, l'absence de cohérence et l'arbitraire exacerbent ces réactions. Comme l'explique Antoinette Chauvenet dans son article Démocratie et violence en prison : « Du caractère illimité des interdictions résulte leur trivialité et leur indifférenciation, comme la faible hiérarchie des règles entre elles. Qu'ils répondent à des principes de commodité organisationnelle et administrative ou bien à des nécessités sécuritaires, ces différents aspects des règles peuvent difficilement concourir à des effets de structuration individuelle des personnes incarcérées. Il leur manque à cette fin l'essentiel : l'épreuve tangible et quotidienne de la réciprocité de la relation, condition de leur fonction éducative. Ces dimensions d'indifférenciation, de trivialité, d'uniformité et d'infinité des interdictions permettent notamment de comprendre pourquoi ce qui pourrait apparaître pour un observateur extérieur comme un détail insignifiant peut être l'occasion de rebellions, de conflits ouverts entre les surveillants et les détenus, ou entre les détenus. Tout étant indifférencié, tout devient important en prison parce que renvoyant uniformément à la situation d'assujetti, à la situation de privation de liberté. Ainsi un refus de douche supplémentaire, parce que cela n'est ni le jour ni l'heure, l'attente derrière la grille, un retard dans la livraison d'une cantine ou une erreur, sont des occasions fréquentes de conflits, d'altercations, d'énervement, d'injures voire d'agressions physiques avec leurs suites disciplinaires. » 1 Le CGLPL établit ce type de constat dans tous les établissements visités. Dans les établissements de santé mentale, les patients se plaignent – outre de la présence des autres malades – du manque d'activité, de l'ennui, de règles et de restrictions vécues comme des atteintes 1.  Chauvenet A., Démocratie et violence en prison, in Sociologie pénale : système et expérience, Paris, ERES, 2004, pp. 273-294. 04/11/2019 10:41:26

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