17.
L’État partie doit adopter des mesures efficaces pour faire respecter dans la
pratique l’irrecevabilité des éléments de preuve obtenus par la torture, conformément
à la législation. Le Comité invite donc l’État partie à veiller à ce que:
a)
En cas d’allégations d’aveux extorqués sous la torture ou sous de mauvais
traitements à tous les stades de la procédure judiciaire, il soit procédé sans délai à une
enquête approfondie sur ces allégations et à un examen médico-légal de la victime
présumée;
b)
Des capacités et des infrastructures médico-légales soient développées
davantage;
c)
Les agents de l’État qui extorquent des aveux soient traduits en justice;
d)
Les magistrats soient formés aux moyens de vérifier la recevabilité des
aveux et à l’obligation d’ouvrir des enquêtes lorsque les allégations de torture sont
portées à leur connaissance, et à ce que des sanctions soient imposées à ceux qui ne
prennent pas les mesures voulues au cours d’une procédure judiciaire.
Conditions de détention
18.
Rappelant sa précédente recommandation (voir CAT/C/MRT/CO/1, par. 22), le
Comité relève avec préoccupation que 7 parmi les 18 centres de détention du pays demeurent
surpeuplés. Il est aussi préoccupé par le nombre élevé de personnes en détention provisoire
(38 %), malgré des progrès accomplis pour favoriser les mesures alternatives, et par le faible
taux d’application des mesures d’aménagement des peines (8,7%), aggravant le problème de
la surpopulation. Bien que les autorités transfèrent des condamnés aux prisons d’Aleg,
Nouadhibou et Bir Moghrein, offrant plus de place, le Comité note avec préoccupation que
ces prisons demeurent inaccessibles aux familles de détenus en raison de la distance et des
difficultés de transport. Il note aussi les projets de construction et de réhabilitation des
établissements pénitentiaires, mais il demeure préoccupé par le fait que, selon le MNP, 11
centres sont des maisons d’habitation transformées en prisons et souffrent de nombreuses
défaillances au niveau de l’assainissement, de la sécurité, de la salubrité et de l’hygiène.
Selon l’Etat partie, l’inadaptation des infrastructures compromet aussi la capacité de séparer
condamnés et prévenus, prisonniers d’opinion et prisonniers de droit commun, ainsi
qu’enfants et adultes, surtout dans la prison de femmes. Bien que des améliorations aient eu
lieu les dernières années, le Comité demeure préoccupé par des informations faisant état des
conditions de logement et sanitaires insalubres, d’une alimentation de mauvaise qualité, de
limitations dans l’accès à l’eau et aux visites familiales, même aux fins de punition collective,
et d’un accès insuffisant aux espaces à l’air libre, à la scolarisation, aux formations
professionnelles et au travail. Le Comité s’inquiète également de l’accès limité aux soins de
santé, particulièrement pour des malades graves, comme dans le cas d’Ahmed Ould
ElHadrami, du manque d’isolement de certains malades contagieux, et du manque de prise
en charge dentaire et psychiatrique (art. 2, 11 et 16).
19.
Le Comité engage l’État partie à intensifier ses efforts en vue de mettre les
conditions de détention en conformité avec l’Ensemble de règles minima des Nations
Unies pour le traitement des détenus (Règles Nelson Mandela), notamment :
a)
A atténuer la surpopulation carcérale, en recourant davantage aux
mesures d’aménagement des peines, comme la libération conditionnelle, et en
instaurant de peines de substitution non privatives de liberté, tel que recommandé par
le Rapporteur spécial sur la torture (A/HRC/34/54/Add.1, par. 118 b));
b)
A adopter les mesures nécessaires, notamment en matière de formation
des juges, et à surveiller son impact, afin de promouvoir davantage le recours aux
mesures de substitution à la détention provisoire, pour qu’elle ne soit imposée qu’à titre
exceptionnel et pour des périodes limitées, en fonction du critère de nécessité et au
regard des circonstances individuelles;
c)
A garantir que les détenus soient placés dans les établissements les plus
proches de leur domicile, si les capacités d’accueil le permettent;
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