4.
Accès aux lieux de privation de liberté
28.
Dans son précédent rapport de visite, le Sous-Comité avait exprimé sa préoccupation
au sujet d’une interprétation restrictive apportée aux pouvoirs de l’Observateur national,
excluant certains lieux de privation de liberté tels ceux placés sous la juridiction des forces
armées, plus particulièrement les casernes et les campements militaires. Dans l’état actuel de
l’article 6 de la loi no 2009-13 et à la lumière de l’article 4 du Protocole facultatif,
l’Observateur national est bien habilité à visiter tout lieu où des personnes sont détenues ou
peuvent l’être. De plus, le Sous-Comité prend note de l’information donnée par l’Observateur
national selon laquelle les autorités auraient limité l’accès de ce dernier aux casernes et aux
campements militaires, ce qui va à l’encontre des obligations de l’État partie au titre des
articles 4, 18 et 19 du Protocole facultatif.
29.
Le Sous-Comité recommande à l’Observateur national d’exercer pleinement son
mandat, lequel inclut l’accès à tous les établissements de privation de liberté, y compris
toutes les installations militaires placées sous le contrôle du Ministère des forces armées.
En cas de difficultés liées à l’exercice de ses activités de visite de lieux de privation de
liberté, l’Observateur national doit rappeler aux autorités étatiques les dispositions du
Protocole facultatif et, si le problème n’est pas résolu, informer le Sous-Comité de la
situation.
5.
Cas particulier des daaras
30.
Le Sous-Comité a été informé, par suite de la visite de la délégation et après que son
attention a été attirée sur le sujet par plusieurs entités, y compris officielles, de l’existence de
certaines écoles coraniques (daaras) fonctionnant en régime fermé, qui maltraiteraient des
enfants et les forceraient à mendier. Ces informations disponibles dans le domaine public
font en effet état, dans certaines de ces écoles, de cas de mauvais traitements et, dans d’autres,
de cas de torture, de viols et même de morts violentes, constatés notamment par les autorités
officielles6. Ainsi alertée, la délégation a visité deux daaras à Dakar, l’une s’étant révélée être
une école coranique fonctionnant en régime ouvert et l’autre en régime fermé. Si la première
école n’entrait évidemment pas dans la définition de l’article 4 du Protocole facultatif, la
seconde remplissait bien l’un de ces critères ; le Sous-Comité, en tant que garant du Protocole
facultatif, notamment de son article 4, estime en effet que les daaras fermées sont des lieux
où se trouvent ou pourraient se trouver des personnes privées de liberté avec le consentement
tacite de l’État partie. Dans ces écoles à régime fermé, les enfants sont placés en internat et
confiés à un maître religieux en vue de recevoir une éducation gratuite, avec l’obligation de
mendier pour ramener de l’argent ou des denrées alimentaires afin de subvenir aux besoins
de l’école. Le Sous-Comité a été informé par l’Observateur national que ce dernier
n’effectuait pas de visites dans les daaras, considérant que ces institutions n’entraient pas
dans le champ d’application de son mandat.
31.
Très préoccupé par les constatations que la délégation a faites sur place, le SousComité considère que les daaras fonctionnant en régime fermé sont des lieux de
privation de liberté au sens de l’article 4 du Protocole facultatif et entrent ainsi dans le
domaine de compétence et le mandat du mécanisme national de prévention du Sénégal.
Considérant les allégations de mauvais traitements qu’il a recueillies, ainsi que celles
déjà disponibles dans le domaine public 7, le Sous-Comité recommande que
6
7
Voir, entre autres, BFM TV, « Sénégal : le sort d’un élève battu à mort dans une école coranique
scandalise le pays », 31 janvier 2020 ; Lucie Sarr, « Sénégal : un maître d’école coranique condamné
pour avoir enchaîné ses élèves », La Croix, 5 décembre 2019 ; Human Rights Watch, « “Sur le dos
des enfants” – Mendicité forcée et autres mauvais traitements à l’encontre des talibés au Sénégal »,
15 avril 2010 ; The Economist, « Thousands of children are abused in Senegal’s religious schools »,
13 juin 2019 ; Understanding Children’s Work, « Enfants mendiants dans la région de Dakar »,
Project Working Paper Series, novembre 2007 ; Human Rights Watch, « “Il y a une souffrance
énorme” – Graves abus contre des enfants talibés au Sénégal, 2017-2018 », 11 juin 2019 ; Sénégal,
Ministère de la justice, Cellule nationale de lutte contre la traite des personnes en particulier des
femmes et des enfants, « Cartographie des écoles coraniques de la région de Dakar », 2014 ; et
Seneweb, « Saint-Louis : un talibé retrouvé mort dans son daara, et quatre autres gravement… »,
23 novembre 2018.
Voir la note précédente.
7