Cellule 1
LUNDI 26 JUIN
Cette grande pièce était réservée aux cas les moins sérieux. Une femme âgée
accusée de sorcellerie et un vieil homme la partageaient.
Cellule 2
Cette pièce sans fenêtre était complètement sombre. Il a fallu apporter de la
lumière pour que nous puissions voir quelque chose. Un détenu dont les jambes
étaient lourdement enchaînées a déclaré porter ces chaînes depuis le 9 février
1999 ; cet homme purgeait une peine de trois années d'emprisonnement. Un
autre détenu nous a dit être âgé de quinze ans.
La nourriture leur était apportée par des gens de l'extérieur, rien n'étant fourni
par les autorités pénitentiaires. Les détenus se sont plaints des poux et des
punaises qui infestaient leur cellule.
Remarques adressées au préfet
J'ai porté à l'attention du préfet ces mauvaises conditions de détention, en insistant
sur le cas de Mesmer Barthélémy, l'homme qui portait des chaînes.
Le préfet a déclaré ne pas être au courant de cette situation et s'est engagé à
tenter de faire retirer ces chaînes.
De Bouar, nous nous sommes rendus à Berberati, à environ 263 kilomètres de
là.
Sous préfecture de Berberati
ous avons rencontré René Arsène Date, sous-préfet, en présence de Yesse
N
Henri, maire. Il nous a précisé que Berberati faisait partie de la préfecture
de Mambere Kadei. En réponse à mes questions, il a expliqué que Berberati
disposait d'un commissariat de police pour la ville et d'une brigade de gendarmerie
pour la sous-préfecture. Il ignorait combien de détenus se trouvaient dans ces
locaux, mais a dit que le procureur serait en mesure de nous le préciser. Les
intempéries avaient détruit la prison six ans auparavant et les détenus habitaient
dans un magasin de la vieille prison qui demeurait utilisable.
En tant que sous-préfet, il était directeur de la prison et s'y rendait tous les mois
ou tous les deux mois pour en surveiller l'état.
Les personnes placées en garde à vue relevaient de la responsabilité du procureur.
Le grand problème du sous-préfet était l'absence de véritable prison. Il était par
conséquent impossible de séparer les détenus en fonction de leur statut.
Le gouvernement était censé attribuer de l'argent pour nourrir les détenus mais
les crédits n'avaient pas été débloqués. Le préfet demandait par conséquent aux
maires d'apporter une aide financière aux prisons. L'attention médicale et les
soins restaient à la charge des détenus.
Prison de Berberati
L
a prison actuelle, ancien magasin de la vieille prison, est entourée d'un mur
de brique et de tôle d'environ 1,60 m. La maison des gardiens se trouve à
proximité de la prison. Un autre bâtiment était construit par les détenus. La cour
était très sale : eau stagnante, écorces de fruits et de mangues en jonchaient le
sol.
Six détenus portaient de lourdes chaînes aux jambes. Questionnés à ce sujet, ils
ont répondu ce qui suit :
L'un d'entre eux portait des chaînes depuis huit mois, les autres
depuis une semaine à cinq mois. Celui qui était enchaîné depuis huit
mois l'avait été suite à une tentative d'évasion.
Un autre avait été enchaîné dès son incarcération pour vol, et il se
trouvait dans cet état depuis trois mois.
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