Un troisième avait été enchaîné dès son arrivée, une semaine auparavant. - Un quatrième portait des chaînes depuis cinq mois pour avoir volé une natte. - Un dernier, condamné à un mois d'emprisonnement pour vol, portait des chaînes depuis quatre mois. Plaintes des détenus Les visiteurs devaient payer les gardiens pour être autorisés à voir les détenus. Un détenu était mort deux semaines auparavant suite à l'insuffisance du régime alimentaire et à l'absence d'hygiène. Sans leurs familles et sans l'aide de groupes religieux, ils mourraient de faim puisque les autorités pénitentiaires ne les nourrissaient pas. Le toit fuyait et ils n'avaient pas assez de place pour dormir. Depuis trois mois, ils n'étaient autorisés à sortir que de 15 heures à 16 h 30. Ils achetaient euxmêmes leur pétrole. L'Etat ne les rémunérait pas pour leur travail. Après des visites comme la nôtre, ils étaient menacés. Détention provisoire Dix-huit personnes, dont l'une portait des chaînes depuis plusieurs mois, n'avaient pas encore été jugées. A la fin de notre visite, les détenus ont frénétiquement applaudi. Discussion à l'issue de la visite Le chef de poste Le chef de poste a avoué que depuis son arrivée, sept mois plus tôt, les autorités n'avaient pas une seule fois nourri les détenus. Ce n'était qu'une semaine auparavant que le maire leur avait donné 20 000 francs CFA, deux machettes, une pelle et un râteau. Il avait pris des dispositions pour que les détenus fassent la cueillette des mangues. Son devoir consiste à assurer la sécurité. Il rend des comptes au préfet, au sous-préfet et au magistrat. En sept mois, le sous-préfet ne s'est pas rendu une seule fois à la prison. Seule une religieuse vient aider les détenus malades. Le chef de poste a autorisé les femmes et les hommes qui ne sont pas dangereux à habiter à l'extérieur de la prison. Le bâtiment que les détenus construisent servira à les abriter eux-mêmes. 30 S'ils n'étaient pas enchaînés, les détenus s'évaderaient et les gardiens seraient considérés comme responsables. Un nombre bien plus important de détenus portait des chaînes quand il avait pris ses fonctions, mais il avait graduellement réduit ce nombre. Les conditions de travail des gardiens sont difficiles. Lui-même loue une chambre à un kilomètre de la prison. D'après le sous-préfet, il aurait dû y avoir dix gardiens alors qu'il n'y en avait que quatre. Réponse du Rapporteur spécial J'ai précisé que j'étais parfaitement conscient des conditions de travail difficiles qui étaient les leurs. Tout le monde pouvait constater à quel point la prison était délabrée, le personnel en nombre insuffisant et la sécurité mal assurée. Mais il était néanmoins inexcusable d'enchaîner les détenus comme cela se faisait à Berberati. J'avais déjà vu des détenus enchaînés dans d'autres prisons ailleurs dans le monde, mais jamais par des chaînes aussi lourdes. J'ai incité le préfet à se rendre plus souvent à la prison afin d'empêcher que les détenus ne subissent de mauvais traitements. Commissariat de police, Berberati T a rencontre préliminaire habituelle a eu lieu avec le commissaire de police Let d'autres responsables. Il nous a indiqué que les suspects restaient en garde à vue pendant 48 heures pour enquête, mais que le procureur pouvait prolonger cette garde à vue d'une semaine s'il disposait d'éléments à charge. L'administration pénitentiaire est confrontée à de nombreuses difficultés. Il est, par exemple, impossible de nourrir les détenus. Il n'y avait qu'une seule cellule, sombre, sale et malodorante. Un trou d'aération avait été bouché. Deux femmes ont déclaré avoir été amenées au poste deux jours plus tôt. Elles avaient dormi sur un banc, hors de la cellule. Leur famille leur avait apporté à manger. Renseignements obtenus auprès des détenus de cette cellule Un homme en garde à vue depuis cinq jours avait été frappé sur la plante des pieds avec une matraque qu'il nous a montrée du doigt et que nous avons vue dans le bureau (un fouet se trouvait à proximité de la matraque). Il n'avait rien mangé depuis quatre jours. Sa famille ignorait qu'il se trouvait en garde à vue. 31

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