Les violences interpersonnelles dans les lieux de privation de liberté
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Concernant les prisons et les centres de rétention administrative (CRA), « la promiscuité est aggravée par le caractère total de
l'institution, c'est-à-dire par le fait que les frontières habituelles
existant entre les activités sont brisées. L'individu dort, travaille et
se distrait dans un même lieu » 1.
La promiscuité rassemble des gens qui n'ont pas choisi d'être
ensemble : « Les personnes détenues expliquent qu'en prison,
"on ne sait jamais qui est la personne qu'on a en face de soi".
La personne incarcérée n'est jamais la même personne dehors et
dedans, ajoutent-ils. Cette incertitude, la méfiance et l'isolement se
conjuguent pour alimenter la structure défensive des relations entre
détenus et appellent des moyens de défense. Les armes artisanales,
lames, poinçons, couteaux "existent en plus grand nombre qu'on ne
le croit" commente un chef de détention, et sont destinées surtout
à se protéger "au cas où" comme le confirment les détenus qui
évoquent le sujet. […] le confinement, le fait qu'on ne puisse éviter
les occasions de confrontation en s'échappant, la promiscuité, le fait
qu'on rencontre toujours les mêmes personnes et le phénomène de
groupe, surtout en centrale ou les mouvements d'entrées et de sortie
sont beaucoup plus lents qu'en maison d'arrêt, se conjuguent pour
faire de ces précautions défensives un phénomène structurel » 2.
« Ce qui m'a choqué, c'est qu'il y avait des lumières persistantes
pour nous éviter de dormir, aucune couverture et que nous
étions quatre pour deux matelas dont une personne psychiatriquement instable qui frappait à la porte toute la nuit. Jamais je
n'aurais pensé que cela puisse exister à Paris et en France ».
Saisine d'une personne placée en garde à vue, commissariat de police, 2016
1. Chauvenet A., Orlic F., Rostaing C., La Violence carcérale en question, PUF,
2008, page 27.
2. Chauvenet A., Démocratie et violence en prison, in Sociologie pénale : système
et expérience, ERES, 2004, pp. 273-294.
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