3.2.6
Droits de la défense et soutien des partenaires extérieurs
a) Accès à l’avocat et au juge
Dans la plupart des établissements, les magistrats ne sont plus venus. Les commissions
d’application des peines, souvent dénommées « CAP-Covid », se sont tenues par
visioconférence. Pire, pour un certain nombre d’établissements, elles n’ont pas pu se tenir car
les magistrats étaient dans des conditions de télétravail ne le permettant pas. Les dossiers
préparés par le SPIP (réduction de peine supplémentaire, réduction exceptionnelle de peine,
libération sous contrainte, aménagement de peine, etc.) étaient transmis par mail aux
magistrats puis les JAP rédigeaient les ordonnances de chez eux et les retransmettaient
ensuite au greffe.
Les personnes détenues ont manqué d’information juridique sur les mesures permises par
l’ordonnance du 25 mars 2020 et leur mise en œuvre. Les modalités de sortie anticipée des
personnes condamnées ont suscité d’abondantes questions et de l’incompréhension chez les
personnes concernées et leurs proches.
A l’inverse, le service d’application des peines d’un tribunal judiciaire a immédiatement
adressé une note d’explication à la population pénale incarcérée dans son ressort 36. Dans un
établissement, un fascicule du ministère de la justice a été distribué aux personnes détenues ;
l’une d’elles a d’ailleurs alerté le CGLPL sur le caractère discriminant des critères d’octroi et
d’exclusion automatique des réductions supplémentaires de peine exceptionnelles37.
Le CGLPL a également été alerté sur l’examen des demandes de mise en liberté des personnes
en détention provisoire qui, en l’absence de débat de prolongation devant le JLD, « doivent
attendre un délai entre six et huit semaines pour obtenir un débat devant les chambres de
l’instruction où ils n’ont droit qu’à quelques secondes de parole »38.
A cela s’ajoutent les contraintes propres au fonctionnement restreint des SPIP, des greffes
pénitentiaires, des points d’accès au droit (PAD) et à celles rencontrées par les avocats pour
pénétrer dans les établissements. Plusieurs d’entre eux ont contesté l’obligation de se
soumettre à une déclaration de non-contagion préalable à leur accès dans l’établissement,
relevant du secret médical39 « et privant par là même les détenus de l’accès au droit » mais,
même dans les quelques établissements où ces mesures n’étaient pas mises en place, les
avocats ne se sont généralement pas présentés, sauf exceptions. Dans un établissement
contrôlé, une seule personne détenue a rencontré son avocat entre le 17 et le 31 mars, huit
en avril, cinquante-six en mai et vingt-et-une entre le 1er et le 6 juin 2020. Cette interruption
36
Cette note du 18 mars 2020 rappelle les conditions particulières d’octroi des permissions de sortir et des
mesures d’aménagement de peine au cours de cette période d’urgence, la mise en œuvre d’une étude
systématique de l’ensemble des situations pénales individuelles et d’un examen « hors débat » de celles-ci.
37
« Des RSP, à hauteur de deux mois maximums peuvent être accordées sous conditions aux personnes détenues
faisant preuve d’un comportement exceptionnel pendant la période de crise sanitaire ». Trois cas d’exclusion sont
prévus, ayant trait aux motifs d’incarcération, au passé disciplinaire et au respect des règles spécifiques à l’état
d’urgence sanitaire. Ministère de la justice, « En savoir plus. Covid-19 : nouvelles mesures d’application et
d’exécution des peines ».
38
« (…) compte tenu des cumuls de délais rallongés entre les demandes de mise en liberté formées auprès du juge
d’instruction, la saisine du JLD et l’appel devant la chambre de l’instruction ». Témoignage d’un avocat.
39
Note DAP du 6 avril 2020 relative aux modalités d’exercice du droit des détenus de communiquer avec leurs
avocats ou mandataires durant l’état d’urgence sanitaire.
35
Select target paragraph3
Connect to a paragraph
Connect to an entity
Disable highlights
Add to table of contents