Soins sans consentement et droits fondamentaux 24 247197248.indd 24 Dans ce contexte, non seulement l'enfermement est devenu consubstantiel à la psychiatrie après des mouvements d'ouverture (Pussin, Pinel, la sectorisation, etc.), mais il s'accompagne de contraintes et d'autres restrictions dès que celle-ci cesse de s'interroger sur l'adéquation entre les objectifs du soin et les pratiques. L'enfermement justifie des comportements privatifs ne serait-ce que pour garantir son maintien : fenêtres bloquées même dans les chambres en rez-de-chaussée, port du pyjama, etc. Des pratiques observées au cours des visites du CGLPL, il ressort qu'une fois l'enfermement (mal) justifié, il valide l'imposition de restrictions à un patient privé de son libre arbitre, placé en position de dépendance et limité à ses troubles qui, prétendument ou réellement, appellent ces restrictions. L'harmonie du fonctionnement des unités nécessite ensuite que ces restrictions soient imposées à tous, comme par exemple la privation du téléphone personnel. Et si le patient tourne à l'impatient, se révolte contre ces privations, monte en « crise », son énervement peut être interprétée comme une agitation qui parfois connaît la réponse de l'isolement, de la sédation. L'absence de perception des atteintes aux droits fondamentaux que constituent ces restrictions ou mauvais traitements les banalisent. Les personnels prétendent à la protection du patient, « c'est pour son bien », les soignants se soumettent à l'autorité médicale, les règles uniformes facilitent la gestion des unités. Pèse aussi sur la capacité de réflexion en termes de droits, la sanitarisation du regard infirmier (pour le tabac : limitation de la consommation ; pour la vie sexuelle : éviter les infections sexuellement transmissibles et les grossesses) qui n'est pas sans lien avec le changement de formation des infirmiers après l'abandon en 1992 de la formation spécifique d'infirmiers de secteur psychiatrique. La culture de l'enfermement et des restrictions dans le champ psychiatrique est intériorisée par tous : soignants, famille et proches, patient compliant. L'ensemble perpétue le refus de s'interroger sur les pratiques, la compatibilité de l'enfermement et des restrictions qui l'accompagnent avec le soin. 16/03/2020 10:22:22

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