Avant-propos du président
Avant-propos du président
une simple mise à l’isolement sans réel programme thérapeutique.
La majorité des personnes faisant l‘objet de mesures thérapeutiques arrive aujourd‘hui au terme des cinq années prévues par
l’art. 59 du code pénal (CP). Il est malheureusement fort à craindre
que pour de nombreux détenus, la libération conditionnelle ne soit
pas envisagée en raison de la persistance, pour ne pas dire de l’aggravation, du trouble mental 1. Comment s’en étonner lorsque les
conditions actuelles de prise en charge ne permettent souvent pas
d’espérer une quelconque amélioration de leur état psychique ?
À travers cette spirale infernale, ne risque-t-on pas dès lors d’aboutir pratiquement à un enfermement à vie ?
Dans notre société occidentale légitimement inquiète face à une
grave crise économique, la tentation de se rassurer en se regroupant autour de grands anathèmes ayant notamment pour cible la
délinquance et/ou les étrangers est plus que jamais présente. Freud
disait qu’il est toujours possible d’unir les uns aux autres à la seule
condition qu’il reste suffisamment d��autres pour recevoir des coups.
N’appartient-il pas aussi, à l’avenir, de montrer que dans bien
des cas c’est le désarroi, la misère et le manque de structures sociofamiliales qui vont conduire à cette délinquance ? Et que la dangerosité est parfois plutôt la conséquence et non la cause d’une
sanction pénale purement rétributive !
D’autres modes de prise en charge pénale, notamment de cette
population carcérale difficile constituée par des personnes souffrant de troubles psychiques existent à l’étranger. Charge à la CNPT
de contribuer à proposer des alternatives au modèle suisse à travers
des échanges avec ses homologues européens, les autres mécanismes nationaux de prévention de la torture.
Dans un autre registre se posera l’année prochaine déjà la question du renouvellement des membres de la CNPT : à la fin 2013,
l‘ensemble des membres arriveront à la fin de leur mandat. À cette
occasion il nous semble indispensable de revoir la structure même
de la CNPT, dénomination comprise.
Ainsi par exemple, en matière de confidentialité des informations recueillies par la CNPT, il n’est pas admissible que notre commission soit encore aujourd’hui assimilée à une « unité administrative décentralisée ». Il y va de son indépendance.
Par ailleurs, la CNPT a encore parfois l‘impression d’être un peu
prise par l’administration fédérale pour une « œuvre de charité »
qui viendrait uniquement apporter un soutien moral aux personnes
privées de liberté. Dans les faits, son activité se rapproche beaucoup plus de celle d’un véritable inspectorat. Lequel doit pouvoir
se déplacer facilement et en permanence à travers toute la Suisse.
Concrètement, la CNPT n’a pas grand-chose à voir avec le fonctionnement d’une commission extraparlementaire habituelle et
doit dès lors bénéficier d’un statut administrativo-juridique véritablement « sui generis ».
Entre temps, le budget global de fonctionnement de notre commission a, pour les tâches qui sont originellement les siennes, été
augmenté de façon modeste, ce qui doit incontestablement être
salué. Une simple comparaison avec les moyens dont disposent
les mécanismes nationaux dans bon nombre d’autres pays européens n’est toutefois pas à l’avantage de la Suisse, pays pourtant à
l’origine même de cette idée de mécanisme de prévention !
Jean-Pierre Restellini,
président
Art. 59 Art. 59, al.4, CP « La privation de liberté entraînée par le traitement institutionnel ne peut en règle générale excéder cinq ans.
Si les conditions d’une libération conditionnelle ne sont pas réunies après cinq ans et qu’il est à prévoir que le maintien de la mesure
détournera l’auteur de nouveaux crimes ou de nouveaux délits en relation avec son trouble mental, le juge peut, à la requête de
l’autorité d’exécution, ordonner la prolongation de la mesure de cinq ans au plus à chaque fois. »
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Rapport d’activité CNPT 2011
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