Les violences interpersonnelles dans les lieux de privation de liberté 20 -247-18937-3.indd 20 Le facteur organisationnel est également décrit dans les violences au sein des CEF par les professionnels. Ces derniers sont à la fois protecteurs et porteurs de cadre et d'autorité. Les mêmes facteurs de violence y sont décrits comme l'ennui et le manque d'activité. Certains moments ritualisés du quotidien comme les petits-déjeuners, les repas, les périodes d'anniversaire ou de fête sont rapportés comme constituant des moments plus favorables aux violences. Les modifications de l'organisation – comme l'absence d'un professionnel attendu par le jeune, l'échec de la communication téléphonique avec la famille ou l'annulation d'une sortie – peuvent entraîner un acte de violence. La direction de la protection judiciaire de la jeunesse (DPJJ) défend l'existence d'un emploi du temps et de règles de fonctionnement, car l'absence de cadre normatif et réglementaire crée de la violence et car la sanction permet une réponse de l'institution et une prise en compte du problème du jeune. Pour autant, ces règles ne doivent pas constituer un cadre rigide mais faire l'objet d'ajustements de la part des équipes pour ne pas générer d'incidents. Les violences engendrées par des organisations inadéquates sont également observées dans les privations de liberté gérées par les forces de l'ordre. Elles sont ainsi plus fréquentes dans les geôles de garde à vue lorsque les policiers sont livrés à eux-mêmes avec un encadrement absent, sans procédure clairement affichée et connue. Ils ont alors des pratiques restreignant les libertés de manière systématique sans justification (retrait des lunettes, soutien-gorge ou chaussures). Les policiers sont par ailleurs parfois soumis à des injonctions de sécurité qui priment sur le respect des droits des personnes. Ainsi, dans un commissariat parisien récemment contrôlé, une note de service oblige, sous peine de sanction, les policiers à une « obligation de résultat dans la recherche d'objet dangereux ou de drogue sur les personnes placées en garde à vue » ; or les contrôleurs ont relevé dans ce même commissariat des fouilles intégrales sans accord ou demande du parquet sur quatre personnes placées en garde à vue dans le cadre d'une affaire de vol de carte bancaire. 04/11/2019 10:41:26

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