OBSERVATIONS
I. La République centrafricaine est un pays pauvre qui connaît une situation
difficile. Au moment de notre visite, une grave pénurie de carburant
provoquait le ralentissement de l'activité économique et sociale.
2. Les répercussions des mutineries de 1996 et les conflits au Soudan, au
Tchad et en République démocratique du Congo ayant exacerbé les
difficultés, de nombreuses régions du pays étaient trop dangereuses pour
que nous puissions nous y rendre sans escorte armée.
3. La communauté internationale, représentée notamment par les États
africains et les Nations unies, a reconnu la nécessité d'aider la République
centrafricaine à surmonter ses difficultés pour entrer sur la voie du
progrès. L'établissement de la MINURCA et du BONUCA en est la
preuve.
4. En traversant les vastes étendues du pays, nous avons pu voir les richesses
dont il est doté. Une succession ininterrompue de camions transportant
du bois se dirigeait vers la frontière camerounaise. Selon une conviction
très répandue, il était possible, dans certaines parties du pays, de trouver
des diamants en creusant le sol avec des bâtons. Selon cette même
conviction, ces diamants sont les plus beaux du monde.
5. Le défi pour le pays consiste à tirer le maximum de ses ressources pour
améliorer les conditions de vie de la nation et du peuple, ce qui aurait
un effet bénéfique sur les conditions de détention.
6. Les conditions de détention en République centrafricaine sont très
inférieures aux normes internationales, entre autres aux normes inscrites
dans la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples. Le respect
de la dignité inhérente à la personne humaine inscrit à l'article 5 de la
Charte est absent des prisons du pays.
(i) Les hommes et les femmes partagent les mêmes cellules.
(ii) Pendant sept mois, les autorités pénitentiaires n'ont procuré
aucune nourriture aux détenus de la prison de Berberati.
Dans d'autres établissements, la nourriture est fournie de
manière très limitée. Dans les cellules de police et de
gendarmerie, les suspects dépendent de leurs proches ou
de leurs amis pour manger.
(iii) Si les gardiens envoient effectivement les détenus à
l'hôpital, ce sont les membre de la famille, des amis, des
membres du clergé ou d'autres religieux qui achètent les
médicaments.
(iv) Il existe des relations cordiales entre gardiens et détenus
dans un certain nombre de prisons, mais des cas de
violences et des actes de torture ont pu être notés.
(v)
Le BONUCA ayant formé des gendarmes et des policiers
aux droits de l'homme, ces derniers savent comment se
comporter avec les détenus. Mais beaucoup d'autres doivent
encore acquérir ce savoir et cette expérience.
Les récits de corruption étant si fréquents, nous demandons
qu'il soit mis fin à cette pratique en vigueur chez les
gardiens, qui exigent de l'argent pour permettre aux visiteurs
de voir les détenus, pour que les détenus puissent avoir de
l'eau ou que de la nourriture leur soit apportée.
(vii) Le non-paiement des salaires des gardiens contribue à la
corruption.
(viii) Les conditions sanitaires des prisons sont mauvaises. En
général, les détenus ne reçoivent pas de savon. Le fait de
se laver dans l'eau stagnante d'une cour de prison, comme
cela se pratiquait à Berberati, ne contribue pas à maintenir
les détenus en bonne santé.
(ix) Un bon nombre de prisons sont engorgées, les détenus
dorment à même le sol et les cellules sont infestées de poux
et de punaises.
(x) Aucune institution pour mineurs n'existant en République
centrafricaine, ces derniers partagent les mêmes locaux que
les adultes.
(xi) Les détenus souffrant de maladies infectieuses vivent avec
les détenus en bonne santé.
7. La destruction des prisons au cours des mutineries a contribué à
l'engorgement des établissements, à l'absence de séparation des détenus
et aux pathologies liées à ces conditions.
8. Des responsables de l'administration pénitentiaire ingénieux et attentifs
contribuent à l'amélioration des conditions de détention. Il nous faut
Select target paragraph3
Connect to a paragraph
Connect to an entity
Disable highlights
Add to table of contents