Au-delà de ces considérations générales, des conclusions spécifiques peuvent être tirées pour
chaque catégorie de lieu de privation de liberté.
Pour les établissements pénitentiaires, la crise aura été marquée par une baisse spectaculaire
de la population pénale. Certes, il faut en voir les limites : les établissements les plus surpeuplés
n’ont pas tous été concernés et les dispositions prises par ordonnance ont été trop timides, mais
on doit constater, d’une part, que ce mouvement inédit a été possible et, d’autre part, que la
réaction négative de l’opinion publique crainte par certains face à cette baisse massive de la
population pénale ne s’est pas manifestée. C’est là le principal enseignement qu’il convient de
tirer de cette crise : il est possible de ramener le taux d’occupation global des prisons françaises
à leur capacité d’accueil, et même en dessous. Il est urgent que les mesures nécessaires pour
éviter un retour à la situation antérieure et poursuivre l’effort de déflation carcérale soient
prises : la régulation carcérale, que le CGLPL recommande avec insistance depuis 2014, doit être
inscrite dans la loi.
Pour les établissements de santé mentale, à défaut de directives de portée nationale, la
situation a été gérée sur le fondement de décisions locales avant qu’une concertation ne se
mette en place autour des structures qui pilotent la psychiatrie au quotidien. Les droits des
patients ont connu des restrictions, notamment en ce qui concerne leur liberté d’aller et venir,
leurs relations familiales et surtout l’exercice de leurs droits : en effet, dans la plupart des cas, ils
n’ont pu rencontrer ni le juge des libertés et de la détention, ni même leur avocat. Le CGLPL a
été à deux reprises confronté à la question d’un enfermement abusif pour contraindre des
patients au respect des règles du confinement : d’abord par une question posée par un comité
d’éthique, ensuite par le constat de l’enfermement des patients quel que soit leur statut
d’admission dans un autre établissement. Il a clairement condamné la pratique, en ce qu’elle
constitue un détournement de procédure. Le constat effectué a, du reste, conduit à la publication
de recommandations en urgence1. Dans un grand nombre d’établissements, le lien avec les
patients a été maintenu par la prise en charge ambulatoire ou extra hospitalière. Le CGLPL
souhaite qu’une fois la crise achevée, une prise en charge soignante plus ambulatoire et une
réduction du nombre des procédures de contrainte perdurent.
Pour les centres de rétention administrative et les zones d’attente, malgré une activité très
fortement réduite allant jusqu’à la mise en sommeil d’un grand nombre de ces lieux, les mesures
de prévention de la contamination sont restées insuffisantes. Les personnes privées de liberté
ont donc été placées en situation de risque sanitaire. L’entrée en France a été refusée pour motif
sanitaire à des personnes qui n’ont pas été prises en charge ou qui ont été privées de leurs droits
en zone d’attente, cependant qu’en rétention, le fondement juridique des mesures privatives de
liberté s’est trouvé fragilisé par l’interruption du trafic aérien qui a rendu presque impossible
l’exécution des mesures d’éloignement. Dans ces conditions, le placement en rétention est
devenu une mesure injustifiée en pratique, juridiquement très discutable et dangereuse. Le
CGLPL déplore qu’il n’ait pas été donné suite à ses demandes de fermeture provisoire des centres
de rétention administrative.
1
Journal officiel du 19 juin 2020.
3